Trois.1 : se lancer dans l'auto-édition ?

Le beau jour (voire, la belle nuit) où vous tapez le dernier point du récit que vous avez imaginé et écrit, vous aurez une réaction bizarre.

Elle vous sera propre : vous sauterez peut-être en l'air, sautillerez partout, vous mettrez peut-être à pleurer, à rire, ou plus prosaïquement irez enfin vous coucher, satisfait(e) du travail enfin accompli.

...Mais l'est-il vraiment ?

N'est-ce pas plutôt le début de l'aventure ?

...Et si ?

 

Et si, plutôt que de rester un paquet de feuilles (pour ceux qui écrivent ou tapent à la machine, il y en a encore !) ou un fichier Word, votre "bébé" commençait à pousser ?

Syndrome de Gepetto ? Faire d'une marionnette un vrai petit garçon ? Pinocchio est-il une illusion, vous mentira-t-il lui aussi ?

Et là, le fantasme commence : "et si j'étais publié(e) ?"

Dès la question posée, entre en scène Charles Aznavour : "Je m'voyais déjà, en haut de l'affiche..."

La raison, la modestie, l'auto-dévalorisation montent de suite au créneau, avec des cris d'orfraie d'un côté et quelques ricanements méprisants de l'autre, en une belle stéréophonie : "Pas plus tôt écrit le mot Fin, déjà des rêves de grandeur ?"

Oui mais... il y a une petite voix, persistante, qui insiste : "Et pourquoi pas ?"

  • Pourquoi pas ? Parce que tu as vu combien de livres sortent par an ? Rien que pour la rentrée littéraire, c'est près de 500 bouquins qui sont mis sur le marché ! Par de vrais écrivains, des gens qui ont du talent, eux, puisque des maisons d'édition les publient !
  • Tu crois qu'on t'attend, peut-être ? Que dès la sortie de ton "oeuvre", les hordes de lecteurs vont se l'arracher ?
  • Et pourquoi pas l'adaptation cinématographique mondiale, du temps que tu y es ? Tu as déjà réfléchi au casting, bien sûr ?!?
  • Il y en a des milliers comme toi, qui croient à la ruée vers l'Or ! Les seuls qui réussissent dans ce genre d'aventure, ce sont les vendeurs de pioches !

...Et pourtant, ça vaut peut-être le coup de s'informer, non ?

Bienvenue dans le monde de l'édition classique

 

Après la visite de plusieurs sites d'éditeurs, le message est clair :

"Débutants, passez votre chemin.

On a mieux à faire que corriger vos tapuscrits (affreux néologisme censé être bâti à partir du manuscrit pour les textes tapés sur un clavier et non écrits à la main - que vous pouvez tout aussi bien comprendre comme "on s'en tape de vos écrits").

De toute façon, même si vous pensez savoir aligner des mots les uns à côté des autres (n'allez pas prétendre au titre suprême d'écrivain, en plus) au prétexte que vous avez enfin été fichu d'écrire le mot fin à un texte :

  • vous ne savez pas vraiment bâtir une histoire intéressante,
  • vous faites des fautes au kilomètre,
  • vous n'y connaissez rien en mise en page,
  • vous n'avez pas idée d'un bon titre ("bon" étant synonyme de "vendeur" si vous êtes encore assez naïf pour ne pas l'avoir compris tout seul),
  • encore moins d'une couverture qui accroche (autre synonyme du même concept de vente, seul critère de "bon").

Et si vous croyez qu'avec votre torchon de mauvais amateur, nous allons vous reverser des droits d'auteur qui feront de vous le prochain Stephen King ou la prochaine J.K. Rowling, on vous rappelle qu'ici vous êtes en France, et qu'après avoir payé toutes les taxes et tous les frais, plus notre marge, il ne vous restera rien au point que même les impôts n'iront pas faire vos fonds de tiroir."

Fermez le ban.

"J'irai au bout de mes rêves..."

 

Après Charles Aznavour, c'est au tour de Jean-Jacques Goldman ("J'irai au bout de mes rêves") de vous trotter dans la tête. Donc vous reprenez votre clavier, votre optimisme à peine entamé, et vous fouillez Internet.

En surfant (attention de bien prendre la vague, sinon c'est le sable...) vous finissez par tomber sur un étrange mot-clé : l'auto-édition. Attention, à ne pas confondre avec l'édition à compte d'auteur, le mal absolu ! OK, où est la nuance ? La seconde est un pari perdant-gagnant (à ma gauche l'auteur qui avance les frais, à ma droite l'éditeur-escroc qui les encaisse avec sa commission). La première se veut gagnante-gagnante : l'auteur est sont propre éditeur, et une plate-forme se charge de la distribution. Il n'y a pas de frais à avancer, et le distributeur ne perçoit de commission que s'il y a vente.

Concept intéressant... poursuivons la recherche... et là on découvre pléthore de solutions : le site publiersonlivre.fr les recense toutes, avec d'excellentes fiches de conseil et de précieux tableaux comparatifs pour se forger une idée. L'autre site à absolument lire, quel que soit le stade d'avancement du projet (à l'état d'idée encore vague ou le dernier chapitre achevé) est celui des Éditions Humanis, qui portent bien leur nom !

Des deux, vous retirez une leçon essentielle : puisque vous ne serez pas accompagné d'un éditeur, vous devrez faire le boulot vous-même, ...et il ne fait que commencer. Parce qu'il va falloir tout découvrir :

  • les corrections ("100 fois sur le métier, remettez votre ouvrage...")
  • la mise en forme du texte : ah bon ? ce n'est pas pareil selon qu'on publie un livrel (plus joli qu'ebook, non ?) ou un livre broché ? Les feuilles de styles ? C'est quoi ce truc ? Une table des matières ? Des numéros de page ?
  • la couverture : les images (libres de droit et de diffusion !), les codes visuels, les fonds perdus, les dimensions...
  • la protection juridique : le copyright, les droits d'auteur, nom de plume ou pas ?
  • le fiscal : vous n'espériez pas que l'État allait oublier de regarder le fond de vos poches, si ? Si vis pacem, para bellum ! (Note de la traduction : "Si tu veux la paix, prépare la guerre" , sans perdre de vue que le fisc c'est comme la mort, on y perd toujours...).
  • le marketing : et ça, ça va être le plus dur, on vous prévient... et probablement, le plus cher ! Facebook, Twitter, Instagram, blog vont être incontournables.

De deux choses l'une : soit vous vous découragez, soit vos découvertes vont aiguiser votre curiosité d'atteindre chaque étape. Personnellement, de tous ces points, seul le dernier me fait lever les yeux au ciel. Non que techniquement, cela soit un problème. Faire un site internet, de nos jours, c'est à la portée de tout le monde. Mais se vendre... Bon, on verra plus tard, commençons par le commencement...

Et voilà, vous y êtes : c'est décidé, on y va, c'est parti, yallah... les trois tomes de Trois.1 seront publiés en auto-édition.

Trois.1 auto-édition