Auto-édition : les vendeurs de pioches

Pioche...ou de pelle.

Choisissez votre outil !

Comment, vous ne connaissez pas le concept ?

Par ici les explications...

La ruée vers l'Or

Au dix-neuvième et vingtième siècles, pendant la ruée vers l'Or, aux États-Unis (et ailleurs), des centaines de milliers de désespérés ont rêvé de trouver le filon qui leur assurerait la fortune et la gloire.

Des hordes entières. Pour à l'arrivée... une poignée de chanceux. Qui n'ont fait qu'alimenter le mythe.

Une histoire qui commence à vous rappeler quelque chose ? Mmh ?

Continuons.

Business !

 

On dit que les seuls à s'être véritablement enrichis sur ce marché, ce sont les vendeurs de pelles. Un seul chercheur a trouvé de l'or, mais 10.000 ont acheté des outils.

Des milliers se sont appauvris d'un dollar, mais le vendeur en a gagné 10.000, lui.

Vous voyez, cher auteur débutant, vous commencez à sentir comme poindre une analogie...

Oui, il y en a bien une : lorsque vous vous êtes lancé dans l'aventure, vous avez été à la fois fou et modeste. Vous croyez à votre livre, mais admettez avec une belle humilité que vous n'y connaissez rien en édition, sans parler d'auto-édition. Alors vous avez commencé à vous renseigner. Et là, brusquement, tout est devenu en même temps très simple et très compliqué : vous avez découvert un jargon auquel vous ne comprenez rien, et des tas de gens qui semblent, eux, avoir tellement bien compris que vous n'avez plus qu'une solution : la leur acheter.

Ben tiens.

Décortiquons : c'est normal que vous ne compreniez rien :

  • aux blogs,
  • aux publicités sur Facebook ou Google (difficile de faire plus complexe que ça),
  • aux liens placés ("Backlink" ? C'est quoi, ce truc ?),
  • aux ficelles marketing - surtout assortis d'éléments de langage choisis pour être abscons.

Parce que c'est parfaitement volontaire.

Vous devez vous sentir en situation d'incompétence pour être tenté d'appeler au secours.

Car celui qui a le savoir a le pouvoir.

C'est le moment attendu pour faire de vous, non un prospecteur, mais un prospect.

Au 21ème siècle, on ne lâche plus de billets d'un dollar. On est plus moderne.

On vous demandera juste votre carte bleue.

De la méthode

Buy now

 

Fouillez un peu sur le Net, vous allez trouver d'innombrables pages qui vous appâtent, toutes de la même façon :

  • les trucs et astuces en auto-édition, qui vous feront atteindre des sommets ! 39 pages (ou 50, ou 100, ou 15...) gratuites, s'il vous plaît !
  • quelques broutilles en amuse-bouche : le lieu commun de la relecture soigneuse de votre ouvrage, le coup du blog à créer (ou pas, pour se démarquer), les cartes de visite, la page auteur et (ah oui !) l'indispensable secret : la couverture de votre livre !
  • ça y est, le piège est tendu : indiquer un écueil, pointer avec bienveillance du doigt un danger. Ouf, heureusement qu'on est là pour vous épargner cette vulgaire chausse-trappe !
  • Insidieusement, en fait, on suscite l'angoisse : de simple, le processus est en train de devenir moins clair. Vous commencez à douter de vous : serai-je capable de tout faire bien ?
  • assez rapidement, des "passages obligés" vont apparaître : allez, soyez culottés, pourquoi n'envoyez-vous pas votre livre (payé de votre poche, soutenons l'imprimerie au passage) à un panel de lecteurs qui n'attendent que ça ? Vous devriez allez voir votre boucher ou votre coiffeur, et entre une entrecôte et un shampooing, leur vanter les mérites de votre oeuvre !

Tout cela n'a qu'un seul but : qu'à chaque étape, vous vous sentiez assez dépassé pour recourir au "professionnel" sauveur de votre piètre situation - de la couverture de livre, de la relecture de votre manuscrit, de l'impression... à, si vous êtes vraiment bon public (et en fonds) la publicité sur internet, l'article de presse pour "booster vos ventes", et le fin du fin (parmi moult services payants) : le coaching pour vous mener à la gloire, la traduction "pour élargir votre marché", la participation à des salons, la transcription en audio, et le summum, la négociation de vos droits d'adaption cinématographique (attention à ne pas vous prendre les pieds dans le tapis rouge)...

Il y a tellement de possibilités, de niches !

...de miroirs aux alouettes... ?

C'est que la concurrence est rude, parmi les vendeurs de pioche ! Pour se distinguer, même ce qui devait être un boulot facile et peinard réclame finalement des efforts d'inventivité pour faire passer le prospect à la caisse ! À tout prix, si l'on ose ce mauvais esprit...

L'offre et la demande

 

Soyons objectif : vous êtes en demande, vous recevez une offre. C'est normal, c'est même la règle numéro un d'une société capitaliste, après tout.

Et ne soyons pas cynique au point de ne pas reconnaître, qu'il peut être effectivement fort utile de trouver une offre, si elle s'avère constituer une solution. Souvenons-nous simplement qu'en échange d'un "service", il y a un coût.

Donc les vraies questions doivent être :

  • Ai-je besoin de cette prestation ?
    Sous-entendu : ne pourrais-je pas me débrouiller par moi-même ?
    Si vous pensez en avoir les compétences, ou être assez auto-didacte pour les acquérir, bravo !
    Si, tout bien considéré, pas moyen de vous en passer, alors préparez-vous à payer le service dont vous avez besoin. Ce n'est pas très imprégné dans la culture française, mais oui, une prestation, ça se rémunère !

     
  • Le prix qu'on m'en demande est-il justifié ?
    Et c'est là où revient notre vendeur de pelles... À 1 dollar, ou à 15, ou à 100 ?
    Est-ce une arnaque, ou faut-il admettre que cet investissement, même important, sera rentable ?
    Ce qui est gratuit a-t-il de la valeur (autre question bien française) ?
    À quel moment faudra-t-il passer à une collaboration avec des professionnels, parce qu'à un moment donné, si on veut changer de sphère, il sera contre-productif de bidouiller dans son coin ?

    Dans quel aquarium de requins risque-t-on de devoir nager sans protection ?
Lingots

Questions et réponses

Mineur

 

Le bon chemin, c'est bien de se poser toutes ces questions.

La première réponse, c'est de se méfier de l'universalité. Donc considérer avec recul toute solution miracle de type : "vous AVEZ le filon, mais sans MA pelle, vous ne l'exploiterez pas". Parce que si vous écoutez ce beau discours, comme le Corbeau et le Renard de M. de la Fontaine, sur une flatterie bien placée, tel le Phénix des hôtes de ces bois, vous ouvrirez un large bec et en perdrez le fromage.

Plaçons-nous plutôt sous l'angle : "Si j'ai vraiment un filon, quelle va être la bonne pelle pour le mettre à jour ?" 

Hé bien... Il n'y a que vous pour le savoir : vous seul connaissez votre terrain, sa pente, son climat. 

Vous êtes auto-édité : vous êtes le chef de votre entreprise, vous êtes le responsable. À vous de savoir peser vos espoirs, vos attentes et vos risques. Soyez optimiste, croyez en votre histoire, mais soyez aussi avisé et prudent.

Et ça, c'est un conseil vraiment gratuit, c'est à dire qu'il ne tente rien de vous vendre.

Bonne balade, bonnes découvertes, et bonne chance !

Auto-édition